Tendances

La marinière et ses rayures iconiques, tout un symbole

9 septembre 2021
Iconique marinière : tricot rayé, tendance, décryptage - Un Grand Marché

Intemporelle du vestiaire féminin et masculin, la marinière a su traverser les époques sans prendre une ride. Symbole du savoir-faire à la française, elle est chaque année revisitée pour notre plus grand bonheur. C’est parti pour un décryptage de cet indémodable qui est passé de l’ombre à la lumière des plus grands podiums de haute couture.

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La marinière décriée pendant des années


Avant le 18ème siècle, et tout particulièrement au Moyen Âge, la rayure sur les vêtements était une marque d’exclusion destinée aux marginaux de la société comme les bagnards, les domestiques, les prisonniers ou encore les prostitués. L’ouvrage « L’Étoffe du diable : Une histoire des rayures et des tissus rayés » de l’historien Michel Pastoureau dresse une étude très intéressante sur l’évolution de cette symbolique. Les rayures des costumes des Dalton dans Lucky Luke, les bandits du Far West, utilisent cette image pour souligner leur méchanceté, leur caractère « diabolique ».

Il faudra attendre la Révolution Française et l’époque romantique pour que la rayure soit associée à des idées nouvelles comme la liberté, la jeunesse et le progrès.

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Le « tricot rayé » se jette à l’eau


La marinière, dont le terme est apparu au 18ème siècle, faisait historiquement référence à une blouse blanche parée d’un large col bateau. Dans son sens moderne, cet habit doté de ses rayures bleues et blanches était à cette époque appelée « tricot rayé ». Utilisée comme sous-vêtement, cette tenue de travail était portée par les matelots d’équipage situés en bas de l’échelle hiérarchique. Elle était fabriquée en maille jersey, sans couture pour plus de sécurité. Elle s’enfilait comme une combinaison et servait à la fois de haut et de sous-vêtement.

Il n’y avait encore rien d’officiel dans cet accoutrement : les matelots français n’étaient pas tenus de se présenter en uniforme, contrairement aux officiers et marins gradés. Le décret du 27 mars 1858 publié au Bulletin officiel de la Marine introduit le tricot rayé bleu et blanc dans la liste des uniformes de matelots. Ce règlement précise le nombre de rayures et la largeur qui les sépare, au millimètre près : « 21 raies blanches larges de 20 mm et 20 ou 21 raies bleues larges de 10 mm ». Pour les manches, le tricot doit comporter « 15 raies blanches et 14 ou 15 raies bleues ».

La légende raconte que les rayures permettaient de mieux repérer un marin tombé à l’eau. L’hypothèse la plus probable fait référence à la symbolique historique des rayures qui permettaient de rappeler aux matelots qu’ils faisaient partie du bas de la hiérarchie dans la Marine.

La marinière bretonne, mythe ou réalité ? S’il est communément affirmé que la marinière est d’origine bretonne, c’est en grande partie parce que les matelots de la Marine Nationale venaient principalement de cette région culturellement liée à l’océan. Pour la petite anecdote, les Anglais appelaient même la marinière : « breton shirt » ! La classe pour les bretons que nous sommes.

La marinière sous toute la haute couture


C’est en 1916 que la marinière devient un objet de mode à part entière. Nous devons cette révolution à la célèbre Coco Chanel. À son arrivée à Deauville, elle acquière un tricot rayé qu’elle déniche dans une boutique du port, enfile son plus beau pantalon (un bouleversement à l’époque), et popularise « le style marin » qui bouscule les codes de la mode pour devenir mixte. Pour autant, nous ne retrouverons dans ses collections que des adaptations de la marinière blanche à col large.

Tout va s’enchaîner très vite aux mains des plus grands artistes et couturiers. En 1963, la splendide Brigitte Bardot apparaît vêtue de cette fameuse marinière dans le film Le Mépris de Jean-Luc Godard. L’illustre Pablo Picasso en fera le vêtement phare d’une série d’autoportrait photographique qui deviendront tout aussi célèbres.

Le coup de projecteur qui fera de la marinière une pièce iconique dans le monde entier viendra une nouvelle fois de la Haute Couture. En 1966, Yves Saint Laurent propose une collection « matelot » composée de robes rayées à sequins. Ce vêtement sera repris par Jean-Paul Gaultier à plusieurs reprises, il en fait même l’élément phare de la collection « Boy Toy » sortie en 1983. Dans les années 90, c’est au tour du couturier Karl Lagerfeld de retravailler la rayure. Que de grands noms pour cette star de notre garde-robe.

Kouci koucaMounetricote

Le symbole du savoir-faire à la française


Aujourd’hui, la marinière est devenue un véritable symbole du savoir-faire français. En 2012, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement Productif, avait choisi de porter la marinière de l’entreprise bretonne Armor Lux en une du Parisien Magazine afin de promouvoir le Made in France.

Plébiscitée par les marques et revisitée par nos créateurs, la marinière fait définitivement partie du patrimoine culturel français. Nous pouvons en être fiers ! Elle se décline chez les femmes comme les hommes, pour les petits comme les grands, dans la mode comme la décoration. C’est un intemporel, un iconique, un indispensable.

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Jeanne

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